Comment les laboratoires français resteront compétitifs demain?

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Révolution numérique, concurrence internationale, proximité avec les praticiens… Pour Laurent Munerot, président de l’UNPPD, l’avenir de la prothèse dentaire française se joue sur plusieurs fronts.

Le secteur de la prothèse dentaire n’a jamais autant évolué. La branche professionnelle elle-même reconnaît être confrontée à de « profondes mutations industrielles et économiques », dans un marché marqué par une forte concurrence des importations et une évolution rapide des compétences liées aux nouvelles technologies. Ces constats se retrouvent dans les chiffres de l’Onisep, qui estime que la France compte environ 3 500 laboratoires de prothèse dentaire contre 5 000 il y a quelques années, et qu’environ 2 des 6 millions de prothèses posées chaque année seraient fabriquées à l’étranger. Face à cette concurrence, les laboratoires sont amenés à innover aussi bien sur le plan technique que commercial.

Pour Laurent Munerot, président de l’UNPPD, la question n’est plus de savoir si la profession doit évoluer, mais à quel rythme.

« Les laboratoires doivent réussir deux transitions en même temps »

Il est donc légitime de se demander comment préserver la compétitivité des laboratoires français. « Deux enjeux me paraissent déterminants. » explique Laurent Munerot. « Le premier est technologique. Les laboratoires doivent intégrer les évolutions du numérique, de la CFAO et des nouveaux matériaux. Certains ne sont pas encore pleinement prêts à utiliser ces nouveaux systèmes, alors que cela devient indispensable pour pérenniser leur activité. » Mais la technologie ne suffira pas. « Le deuxième enjeu est celui du management et du développement commercial. Les laboratoires sont historiquement des entreprises artisanales. Ils sont encore moins prêts sur ces sujets que sur la technologie. Nous ne sommes plus dans le monde où c’est le chirurgien-dentiste qui appelle spontanément son prothésiste. » Pour le président de l’UNPPD, cette montée en compétences doit s’accompagner d’un strict respect des règles déontologiques. « Nous devons faire des efforts de formation, de sensibilisation et d’accompagnement. En revanche, il ne faut pas tomber dans le piège des pratiques interdites par la loi anti-cadeaux. L’UNPPD est mobilisée sur ce sujet aux côtés de l’Ordre et nous avons engagé des démarches auprès de la DGCCRF. » À ces défis s’ajoute la pression des importations. « Les laboratoires français subissent une concurrence déloyale de pays qui ne supportent pas les mêmes charges sociales et fiscales. »

La proximité reste l’avantage que les plateformes étrangères ne peuvent pas copier

Face à cette concurrence, quels sont encore les atouts des laboratoires français ? Pour Laurent Munerot, la réponse ne tient pas uniquement à la qualité des restaurations. « Il y a surtout la proximité avec le chirurgien-dentiste. Pouvoir échanger sur un cas, rechercher ensemble une solution, réaliser une prise de teinte complexe ou fabriquer un véritable sur-mesure, c’est une valeur ajoutée que les plateformes étrangères ne peuvent pas apporter. » Cette collaboration clinique constitue, selon lui, l’un des principaux avantages concurrentiels des laboratoires français.

« Le numérique n’est plus un avantage, c’est devenu le ticket d’entrée »

À la question « Le numérique, l’intelligence artificielle ou les nouveaux matériaux constituent-ils encore un avantage concurrentiel ? » La réponse de Laurent Munerot est sans détour. « Aujourd’hui, c’est devenu le ticket d’entrée. Même si certains considèrent encore que la céramo-métallique reste une référence en matière de résistance et de durabilité, les nouveaux matériaux apportent énormément. Ceux qui sont restés à la prothèse d’il y a quinze ans sont certainement voués à disparaître. » Le président de l’UNPPD rappelle également que les évolutions conventionnelles suivent cette transformation. « La nomenclature et la convention dentaire tiennent compte de ces évolutions technologiques. Si un laboratoire ne suit pas ces évolutions, il perdra progressivement des parts de marché. »

Le laboratoire de 2030 sera connecté... mais restera humain

Le laboratoire performant de demain ? « Il sera très numérisé, avec des logiciels capables de communiquer directement entre les cabinets et les laboratoires. Aujourd’hui, chacun travaille encore avec ses propres outils et les informations doivent être ressaisies plusieurs fois. Cette interopérabilité est devenue indispensable. » Pour autant, la technologie ne remplacera pas ce qui fait la force des laboratoires français. « Le véritable atout restera le dialogue avec le praticien et la capacité à construire ensemble la meilleure solution pour chaque patient. »

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