Formation des chirurgiens-dentistes : l’UNECD publie un livre blanc pour préparer la profession de 2070 Unecd
Comment former les chirurgiens-dentistes qui exerceront encore dans quarante ans ? C'est la question au cœur du livre blanc présenté ce jour par l'Union nationale des étudiants en chirurgie dentaire (UNECD). Élaboré après plusieurs mois de concertation avec les associations étudiantes de toute la France, ce document de 55 pages entend alimenter une réforme du cursus universitaire attendue depuis près de dix ans. Entre évolution démographique, révolution numérique, nouvelles attentes des patients et difficultés d'accès aux soins, les étudiants estiment qu'il est temps de repenser la formation initiale dans son ensemble.
« La profession est en train de profondément changer », a résumé Louis Seguin, nouveau président de l'UNECD, en ouverture de la présentation. Représentant près de 7 500 à 8 000 étudiants, l'organisation souhaite que la voix des futurs praticiens soit pleinement intégrée aux réformes qui dessineront l'odontologie des prochaines décennies.
Former davantage ne suffira pas
Le livre blanc part d'un constat largement partagé : la France a choisi d'augmenter progressivement le nombre d'étudiants en odontologie et d'ouvrir de nouveaux sites de formation afin de répondre aux besoins croissants de santé bucco-dentaire. Mais, pour l'UNECD, cette réponse quantitative ne peut être la seule. Le vieillissement de la population, la multiplication des maladies chroniques, la complexification des prises en charge ou encore l'augmentation du nombre de praticiens diplômés à l'étranger imposent désormais une réflexion plus globale sur la qualité de la formation. « Former plus ne suffit pas. Il faut garantir une formation exigeante, homogène sur tout le territoire et correctement financée », défendent les étudiants.
Un cursus qui n'a pas suivi l'évolution du métier
Au-delà de la démographie, c'est l'évolution même de l'exercice qui pousse l'UNECD à réclamer une réforme. Numérique, intelligence artificielle, nouveaux matériaux, exercice coordonné, prévention, attentes des patients... Ce métier d'omnipraticien évolue rapidement. Pourtant, selon les étudiants, le cursus reste encore largement organisé autour de la validation d'un nombre d'actes techniques. Le livre blanc propose au contraire de replacer le raisonnement clinique au centre de la formation.
L'objectif n'est plus uniquement de savoir réaliser un acte, mais d'être capable de poser un diagnostic global, construire un plan de traitement cohérent, prévenir, orienter le patient et travailler avec les autres professionnels de santé.
Des inégalités persistantes entre facultés
L'un des constats les plus marquants concerne les disparités entre les UFR d'odontologie. Selon l'UNECD, si le diplôme est national, l'expérience étudiante reste très variable selon les facultés. Les moyens humains, les équipements, le volume d'activité clinique ou encore les ressources pédagogiques diffèrent parfois fortement. Les étudiants dénoncent également des difficultés de financement qui conduisent parfois à leur faire supporter eux-mêmes une partie du coût du matériel pédagogique obligatoire. Le livre blanc réclame ainsi une harmonisation nationale des compétences attendues, des conditions de formation et des moyens alloués aux universités afin de garantir une véritable égalité des chances.
Une réforme qui dépasse la seule technique
Au fil de ses propositions, le document élargit également le rôle attendu du futur chirurgien-dentiste.
Gestion d'un cabinet, management d'équipe, santé publique, prévention, lecture critique des données scientifiques, responsabilité juridique, santé mentale ou encore qualité de vie étudiante font désormais partie des compétences jugées indispensables.
Le livre blanc plaide aussi pour un renforcement des stages, une meilleure préparation à l'internat, la création d'un véritable statut de maître de stage universitaire (MSU-O) et une meilleure articulation entre la fin des études et l'entrée dans la vie professionnelle.
Un sujet de réflexion soutenu par les doyens
Les échanges qui ont suivi la présentation ont montré que les préoccupations des étudiants sont largement partagées par les responsables universitaires.
Réélu en mars dernier à la présidence de la Conférence des doyens des facultés d'odontologie, le Pr Vianney Descroix a rappelé que l'odontologie attend toujours une réforme d'ampleur, alors que d'autres filières de santé, comme la pharmacie, la maïeutique ou la kinésithérapie, ont déjà fait évoluer leurs cursus. Malgré un contexte politique peu favorable, il estime indispensable que l'ensemble des acteurs de la profession portent un projet commun afin de faire avancer le dossier auprès des pouvoirs publics.
Les débats ont également fait émerger plusieurs points de vigilance. Du côté des doyens, certains s'interrogent sur la suppression des quotas d'actes cliniques. La doyenne d'Amiens a notamment rappelé que ces critères constituent aujourd'hui un outil objectif d'évaluation, particulièrement dans les promotions les plus importantes.
À Bordeaux, le doyen a souligné l'importance de l'autonomie des universités qui sont structurées de manière très variées. Par ailleurs, il insiste sur le fait que tout le financement ne peut pas venir d'un état déjà endetté et de la necéssité de se mobiliser au niveau local.
Un point de départ plus qu'un aboutissement
À travers ce livre blanc, l'UNECD ne prétend pas apporter une réforme clé en main. Les étudiants présentent plutôt un socle de propositions destiné à nourrir les discussions avec les doyens, les conférences universitaires, le Conseil national de l'Ordre, les organisations professionnelles et les pouvoirs publics. Le message est clair : une profession forte repose sur une formation forte. Pour Louis Seguin, investir dans la qualité de la formation initiale constitue une condition indispensable pour permettre aux futurs chirurgiens-dentistes d'exercer durablement dans un système de santé en pleine mutation. Le livre blanc ouvre désormais une nouvelle étape : celle de la concertation entre l'ensemble des acteurs de la filière afin d'accélérer une réforme dont beaucoup reconnaissent aujourd'hui l'urgence.
Accéder au livre blanc de l'UNECD