Chirurgiens-dentistes : 2027, la profession à l’heure des choix
En 2027, la profession devra avancer sur plusieurs fronts à la fois. Accès aux soins, évolution des besoins, viabilité économique des cabinets, intelligence artificielle… L’enjeu sera de donner une direction à ces transformations tout en préservant la qualité des soins et la relation avec les patients. Le Dr Benoît Perrier, président de l’UFSBD, livre son analyse des principaux défis qui attendent la profession.

En apparence, la démographie invite à l’optimisme. Au 1er janvier 2026, la France compte 48 700 chirurgiens-dentistes en activité, soit 2,2 % de plus en un an. La profession rajeunit, se féminise et accueille de nouvelles générations en nombre. Pourtant, la tension sur l’accès aux soins reste bien réelle. Pour le Dr Benoît Perrier, président de l’UFSBD, elle pèse directement sur le quotidien des cabinets: les agendas sont saturés, les flux de patients difficiles a reguler et le temps relationnel comprimé.
Le paradoxe resume une partie du defi de 2027 : davantage de praticiens ne signifie pas automatiquement une offre mieux répartie ni un suivi plus régulier de la population. Les formes d’exercice évoluent, tandis que de nombreux départs en retraite sont attendus. La relève arrive, mais elle ne reproduira pas forcément la géographie ni le modèle professionnel de la génération précédente.
Accès aux soins : passer du nombre au parcours
Le Dr Benoît Perrier estime que la hausse des effectifs devrait progressivement détendre la pression. Il rappelle toutefois que 46 % des Français n’ont pas été pris en charge par un chirurgien-dentiste au cours de l’année. Derrière la question du nombre se dessine donc celle du parcours : comment faire entrer plus de patients dans un suivi régulier, intervenir plus tôt et éviter que le cabinet ne devienne uniquement le terminus des urgences ?
Cette évolution ramène la prévention au centre du jeu. Les besoins commencent plus tôt et se prolongent plus tard, puisque les patients conservent davantage leurs dents en vieillissant. Les maladies parodontales prennent ainsi une place croissante, avec un besoin encore insuffisamment couvert en matiere de dépistage, de prévention et de traitement en omnipratique. La prévention de demain devra s’inscrire dans la durée, s’appuyer sur les données et mieux cibler les patients à risque.
Préserver un exercice libéral viable
Cette préoccupation est également portée par Pierre-Olivier Donnat, président des CDF, qui défend un exercice libéral de proximité, moderne, humain et durable. Hausse des charges, investissements technologiques, recrutement, contraintes administratives: le praticien soigne, manage et pilote une entreprise. « Être chef d’entreprise libéral, rappelle-t-il, c’est une aventure passionnante.»
Cette dimension économique conditionne toutes les autres. Un cabinet fragilisé investit plus difficilement, recrute moins facilement et dispose de moins de latitude pour consacrer du temps à la prévention ou accueillir de nouveaux patients. Le débat sur l’accès aux soins ne peut donc être séparé de celui sur la soutenabilité du modèle. Les réponses passeront par la remuneration des actes, la simplification de l’exercice et de nouvelles organisations compatibles avec les aspirations des jeunes praticiens.
Cette réflexion rejoint l’analyse présentée par l’économiste Nicolas Bouzou lors des Rencontres du COMIDENT, en juin 2026 : financement, innovation et prevention doivent être pensés conjointement. Son analyse ouvre une voie exigeante : l’innovation ne représente pas seulement une dépense supplémentaire. Bien choisie, elle peut ameliorer l'efficience du systeme de sante, fluidifier les parcours et dégager du temps médical.
L’intelligence artificielle, de l’outil à l’infrastructure
Cette promesse se cristallise autour de l'intelligence artificielle. Pour le Dr Benoit Perrier, son intégration est désormais « inexorable ». Aide au diagnostic, analyse de l'imagerie, planification ou suivi a domicile des patients à risque : les applications vont rapidement s’élargir. Le véritable enjeu sera de bâtir un environnement cohérent autour d’outils qui évoluent en permanence.
Le manque d’interopérabilité, la formation encore inégale et le coût de certaines solutions limitent aujourd’hui leur adoption. Les logiciels métiers devront devenir la tour de contrôle des flux de données du cabinet. En 2027, le bon outil ne sera donc pas forcément le plus spectaculaire, mais celui qui s’insère dans le parcours clinique, respecte la responsabilité du praticien et lui fait gagner du temps.
Transmettre un métier qui change
La transformation sera enfin humaine. L'arrivee soutenue de jeunes diplômés, conjuguée aux départs en retraite, crée un enjeu majeur de transmission. Il s’agit de transmettre des compétences cliniques, mais aussi une culture de la prévention, de l’entrepreneuriat et du collectif. L’UFSBD entend y contribuer avec sa communauté NéoDentiste, destinée à accompagner les étudiants et jeunes professionnels.
L’année 2027 ne marquera sans doute pas une rupture nette. Elle ressemblera plutôt à un point de confluence, où démographie, économie, prévention et technologie commenceront à recomposer ensemble le cabinet dentaire. La profession possède un atout décisif : sa capacité à associer précision technique et relation humaine. Toute la question sera d’en faire le moteur de sa prochaine transformation.
« Retrouvez cet article dans notre guide des nouveaux produits à destination des chirurgiens-dentistes »
18/09/2026
Par Audrey Sberro, Directrice de la rédaction DentaireS.