Antibiotiques au cabinet dentaire : la HAS change ses recommandations

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Quinze ans après les précédentes recommandations, la Haute Autorité de santé actualise la prescription des antibiotiques en pratique bucco-dentaire. Durées de traitement raccourcies dans plusieurs indications, réévaluation à trois jours, situations où l’antibiothérapie n’est pas recommandée et nouvelles précisions en implantologie : le texte rebat plusieurs cartes pour les chirurgiens-dentistes.

La Haute Autorité de santé a mis en ligne ses nouvelles recommandations sur la prescription des antibiotiques en pratique bucco-dentaire. Validées par son Collège le 16 juillet 2026, elles actualisent les recommandations de 2011 avec un objectif affiché : réduire les prescriptions inutiles et limiter le développement de l’antibiorésistance.

Le principe posé par la HAS est clair : lorsqu’une antibiothérapie est indiquée, elle ne doit pas se substituer au traitement local de l’infection. Drainage, débridement, traitement endodontique ou extraction restent au premier plan. Les antibiotiques interviennent en complément lorsque la situation clinique le justifie.

Des traitements de trois jours dans plusieurs indications

L’une des évolutions les plus directement applicables au cabinet concerne la durée des traitements.

Chez l’adulte, dans plusieurs situations où une antibiothérapie curative est indiquée, la HAS recommande désormais l’amoxicilline à raison de 1 g trois fois par jour pendant trois jours. Si les symptômes persistent, le traitement peut être prolongé de deux jours.

Cette durée courte ne constitue toutefois pas une règle générale pour toutes les infections bucco-dentaires. Certaines situations nécessitent des molécules ou des durées différentes, notamment les ostéites, les ostéomyélites ou certaines sinusites maxillaires aiguës d’origine odontogène.

L’enjeu est donc moins de retenir une nouvelle durée unique que d’adapter plus précisément la prescription à l’indication clinique.

Une réévaluation recommandée à trois jours

La HAS recommande de réévaluer l’antibiothérapie curative à trois jours.

Si les symptômes persistent mais évoluent favorablement, le traitement est poursuivi selon la durée prévue. En l’absence d’amélioration ou en cas d’aggravation, un passage à une antibiothérapie de deuxième intention doit être envisagé. Après l’échec d’un traitement de deuxième intention correctement conduit, un avis spécialisé en infectiologie est recommandé.

Cette logique renforce le suivi clinique de la prescription : l’antibiotique n’est plus seulement prescrit pour une durée déterminée, son efficacité doit être appréciée rapidement.

Pulpite, gingivite, alvéolite sèche : des antibiotiques souvent non indiqués

Les nouvelles recommandations précisent de nombreuses situations dans lesquelles une antibiothérapie curative n’est pas recommandée.

C’est notamment le cas de la pulpite, de la gingivite, de la parodontite apicale chronique, de l’abcès apical chronique, de la mucosite péri-implantaire ou encore de l’alvéolite sèche.

Pour d’autres situations, la recommandation est plus nuancée. Dans l’abcès apical aigu, par exemple, l’antibiothérapie n’est pas recommandée de manière systématique. Elle peut en revanche être indiquée en présence de signes d’extension locale, régionale ou systémique de l’infection, chez certains patients à risque ou lorsque le geste local ne peut pas être réalisé.

Même logique pour plusieurs infections parodontales ou péri-implantaires : la seule présence d’une infection localisée ne conduit pas automatiquement à une prescription antibiotique.

La HAS recommande par ailleurs de ne pas recourir aux antibiotiques locaux en pratique bucco-dentaire, quelle que soit la pathologie ou le traitement concerné.

Implantologie : pas d’antibioprophylaxie systématique pour la pose d’implants

Les recommandations apportent également des précisions attendues en implantologie.

Dans la population générale, la HAS ne recommande pas d’antibioprophylaxie systématique lors de la pose d’un implant dentaire.

Une prophylaxie peut néanmoins être envisagée en fonction du profil du patient et de la complexité de l’intervention : antécédents de complications d’ostéointégration, os peu vascularisé, pose de plus de trois implants, extraction-implantation immédiate ou intervention d’une durée supérieure à une heure trente.

La situation diffère également pour certaines chirurgies associées. Une antibioprophylaxie est notamment recommandée pour les chirurgies d’augmentation osseuse et les élévations du plancher sinusien.

À l’inverse, elle n’est pas recommandée de façon systématique dans la population générale pour la chirurgie plastique péri-implantaire, la mise à jour d’un implant ou la chirurgie de la péri-implantite.

Pas d’antibiotique systématique avec un anti-inflammatoire

Autre précision susceptible d’avoir un impact sur les habitudes de prescription : la HAS ne recommande pas d’associer systématiquement une antibiothérapie à la prescription d’un anti-inflammatoire, qu’il soit stéroïdien ou non stéroïdien.

Les données examinées n’ont pas mis en évidence de bénéfice justifiant une telle association systématique. La prescription d’un anti-inflammatoire ne constitue donc pas, à elle seule, une indication d’antibiothérapie.

Des recommandations destinées à entrer dans les logiciels de prescription

La HAS a également élaboré des messages et alertes destinés à être intégrés aux logiciels d’aide à la prescription dentaire.

Ils doivent notamment signaler certaines molécules non recommandées ou rarement recommandées en première intention et attirer l’attention sur les durées de traitement.

Au-delà de la publication d’un nouveau référentiel, l’objectif est donc d’inscrire ces recommandations directement dans les outils utilisés au cabinet.

Avec cette actualisation, la HAS resserre le cadre de prescription autour de trois principes : privilégier le traitement local chaque fois qu’il est possible, réserver les antibiotiques aux situations qui le nécessitent réellement et réévaluer rapidement leur efficacité.

Sources 

HAS - Prescription des antibiotiques en pratique bucco-dentaire, recommandations validées par le Collège de la HAS le 16 juillet 2026.

HAS - documents associés à l’actualisation des recommandations sur la prescription des antibiotiques en pratique bucco-dentaire.

 

15/09/2026

Par Audrey Sberro, Directrice de la rédaction DentaireS.

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