Former les prothésistes de demain : le métier se réinvente grâce au numérique

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Pour Sacha Juncker, formateur responsable de la filière prothèse dentaire à l’ORT Montreuil, le numérique redessine les contours du métier sans remettre en cause la place du geste.

 

Référentiels de formation, nouveaux équipements, diversification des débouchés : auprès de ses étudiants, il observe au quotidien une profession en pleine recomposition. Avec un défi central pour les écoles : transmettre la maîtrise des technologies tout en préservant l’exigence technique et manuelle propre à la prothèse dentaire.

Les formations ont-elles évolué avec la numérisation des laboratoires ?

En 2017, il y avait un vrai manque dans les référentiels du bac professionnel et du BTS. Les jeunes sortaient avec un niveau en prothèse numérique insuffisant au regard des évolutions du métier. Nous avons donc créé une formation de niveau bac +3, autour de la prothèse numérique, mais aussi de la gestion et de la création d’entreprise.

Depuis, les référentiels ont fortement évolué. La difficulté, c’est que le nombre d’heures de formation n’a pas augmenté. Nous devons partager le même temps entre l’apprentissage manuel et l’apprentissage numérique, alors qu’il s’agit de deux outils très différents.

Le geste manuel reste-t-il indispensable ?

Oui. Le numérique permet de travailler plus vite, de façon plus reproductible et plus précise, mais il reste toujours des étapes de finition.

Pour les travaux esthétiques les plus exigeants, la stratification de la céramique au pinceau reste ce qui se fait de plus haut de gamme et de plus personnalisé.

Je continue aussi à faire travailler la sculpture de cire. Elle peut sembler désuète, mais elle reste très utile pour comprendre la morphologie des dents, l’occlusion ou la répartition des cuspides. Le logiciel propose une forme, encore faut-il savoir l’adapter. Quand on n’a pas les bases dans les mains, c’est compliqué.

Il est également important de rappeler que la fabrication des appareils amovibles, qu’ils soient provisoires ou définitifs (à l’exception des infrastructures métalliques), est encore aujourd’hui réalisée essentiellement à la main dans près de 90 % des laboratoires.

La place du prothésiste auprès du chirurgien-dentiste évolue-t-elle ?

Avant, le prothésiste était surtout considéré comme un technicien qui obéissait à une prescription. On lui demandait une couronne, il faisait une couronne. Aujourd’hui, on se veut un peu plus architecte du plan de traitement et force de proposition.

Il y a une phrase que j’utilise souvent et qui résume bien cette évolution : « Désormais, la technique guide la clinique. » Grâce au numérique, nous pouvons participer à la planification implantaire, concevoir des guides chirurgicaux ou réaliser des simulations esthétiques. Les plateformes permettent aussi de partager photographies, scanners et fichiers numériques avec le cabinet. Le prothésiste doit savoir conseiller le praticien sur les techniques, les matériaux et le type de prothèse adapté au diagnostic du patient.

Le numérique menace-t-il l’emploi dans les laboratoires ?

Pour l’instant, il ne remplace pas l’être humain et ne permet pas forcément à un technicien de produire beaucoup plus. Son principal avantage est la reproductibilité : lorsqu’un usinage échoue, le fichier existe toujours et peut être relancé.

Ce qui fait perdre des emplois, c’est surtout l’importation. Avec l’empreinte numérique, un fichier peut être envoyé aussi facilement en France que dans un pays qui importe des prothèses (Chine, Turquie, Afrique du Nord, etc.). Pour les travaux simples, la différence peut être limitée. Pour les cas plus techniques, qui exigent plusieurs essayages ou une personnalisation esthétique, la proximité reste essentielle. Les laboratoires français doivent donc monter en compétence, être plus réactifs et apporter davantage de conseils.

Comme dans d’autres secteurs industriels ou agricoles, la concurrence des prothèses importées soulève plusieurs questions : la traçabilité des matériaux, le respect des normes de fabrication et des conditions de production, mais aussi les différences de fiscalité et de coûts qui créent une concurrence difficile pour les laboratoires français.

Quels nouveaux débouchés apparaissent ?

Les fabricants de scanners, de logiciels ou de machines recrutent des prothésistes pour le support technique, la formation ou les fonctions technico-commerciales. Dans les grands laboratoires apparaissent aussi des postes de prothésistes-conseils ou de responsable numérique.

Le numérique rend aussi possible une partie du télétravail. Un prothésiste peut concevoir une pièce à distance puis renvoyer le fichier au laboratoire ou au cabinet qui l’usinera. Certains se spécialisent dans la modélisation, d’autres dans l’impression 3D, l’usinage ou la céramique.

On voit aussi revenir les prothésistes directement dans les cabinets dentaires. Ils peuvent intervenir au fauteuil, prendre une teinte, observer le résultat en bouche et corriger immédiatement la pièce. Pour les apprentis, c’est très formateur. Ces nouvelles fonctions de technicien supérieur sont souvent particulièrement enrichissantes, offrent davantage de responsabilités et s’accompagnent généralement d’une meilleure valorisation salariale.

L’intelligence artificielle peut-elle rebattre les cartes ?

Les logiciels intègrent déjà de l’intelligence artificielle et leurs propositions deviennent de plus en plus pertinentes sur les cas simples. Pour l’instant, une intervention humaine reste indispensable. Dans cinq ou dix ans, la question sera peut-être de savoir qui pilotera ces outils.

L’IA ne prendra pas un pinceau pour monter la céramique, ne façonnera pas des crochets, ne fabriquera ni ne réparera les appareils dentaires. La compétence manuelle, technique et anatomique restera difficilement accessible à quelqu’un qui n’est pas issu de cette formation.

Quel message adresser aux jeunes ?

C’est un métier où se rencontrent artisanat d’art, haute technologie et santé qui offre aujourd’hui de nombreux débouchés. Les possibilités de carrière s’étendent aussi bien en France qu’à l’international, dans des domaines techniques, cliniques, industriels, commerciaux ou liés à la formation.

Le métier ne va pas disparaître, il se transforme. Les professionnels capables d’associer le geste manuel, la maîtrise numérique, la compréhension clinique et la capacité de conseil auront toujours une vraie valeur ajoutée.

L’ORT Montreuil, une filière d’excellence complète en prothèse dentaire

Depuis près de vingt ans, l’ORT Montreuil propose un parcours complet du Bac Professionnel en format scolaire, au BTS en alternance, complété par une année préparatoire particulièrement accessible et par le Bachelor (bac+3) en prothèse dentaire numérique en alternance, créé à l’initiative de l’ORT Montreuil et co-construit avec l’UNPPD.

Les étudiants bénéficient de deux plateaux techniques numériques, d’équipements de dernière génération et d’un accompagnement personnalisé assuré par une équipe pédagogique stable et passionnée depuis près de quinze ans, garantissant un suivi de qualité tout au long de leur formation.

Cette approche permet aux étudiants d’acquérir les compétences techniques, numériques et cliniques aujourd’hui recherchées par les laboratoires, les cabinets dentaires et l’industrie.

 

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