DentalIAssist : une chirurgienne-dentiste crée une IA pour simplifier l’organisation du cabinet

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Chirurgienne-dentiste depuis treize ans à Quimper, le Dr Cécile Nicolas connaît les difficultés d’organisation d’un cabinet de l’intérieur. Gestion de l’équipe, tâches administratives, circulation de l’information : ne trouvant pas d’outil réellement adapté à son quotidien, elle a choisi d’en développer un. De cette expérience est né DentalIAssist, une solution conçue avec l’ambition de simplifier le travail de l’ensemble de l’équipe. 

L’intelligence artificielle entre désormais dans les cabinets par des usages très concrets : comptes rendus, courriers, prise de notes ou transmission de tâches. Mais derrière la technologie se joue une question plus large d’organisation du travail. C’est précisément sur ce terrain que le Dr Cécile Nicolas a construit DentalIAssist. DentaireS l’a interrogée sur ce passage du cabinet à l’entrepreneuriat, les gains qu’elle observe, mais aussi les freins rencontrés au moment de faire adopter de nouveaux outils.

DentaireS. : Vous êtes chirurgienne-dentiste et entrepreneure. Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer du constat, au cabinet, à la création d’une solution ?

Dr Cécile Nicolas : Comme tous mes confrères, j’ai rencontré beaucoup de problématiques d’organisation, de gestion et de personnel au cabinet en 13 années de pratique. Je me suis alors demandé comment réellement alléger cette charge connexe qui me permettrait de me concentrer sur le soin au patient. Ne trouvant pas l’outil idéal, et sachant le constat partagé par beaucoup de praticiens, j’ai décidé d’en créer un. J’ai rencontré un développeur, Léo Chastagnac, et nous avons commencé à travailler sur le produit. Début 2025, l’intelligence artificielle commençait aussi à laisser entrevoir la possibilité d’automatiser certaines tâches. C’est à ce moment-là que le projet a vraiment pris forme.

Depuis que vous avez créé DentalIAssist, votre regard sur le fonctionnement d’un cabinet a-t-il changé ?

Oui. Gérer un cabinet et gérer une entreprise, ce n’est pas exactement la même chose. Et faire les deux ensemble demande encore davantage d’organisation.

Nous avons beaucoup travaillé avec mon assistante pour développer les workflows et les process. La première version a été installée dans mon cabinet en septembre 2025. Pendant près d’un an, nous l’avons utilisée, corrigée et améliorée en conditions réelles.

Très vite, mon assistante a gagné énormément de temps. C’était essentiel pour moi : je voulais proposer un produit qui ne génère pas de friction supplémentaire. Nous, chirurgiens-dentistes, avons déjà tous connu des logiciels que l’on finit par ne plus utiliser parce qu’ils sont trop compliqués ou qu’ils obligent à changer complètement sa façon de travailler.

Comment expliquez-vous que ce type d’outil n’ait pas émergé plus tôt ?

Le dentaire n’a pas toujours été un secteur très technophile et beaucoup de logiciels n’ont pas été pensés pour le travail en équipe ou de façon réellement ergonomiques. Aujourd’hui, nous avons les moyens technologiques de faire autrement. Et surtout, de plus en plus de solutions sont créées par des dentistes ou avec une très bonne connaissance du terrain. C’est une excellente nouvelle pour la profession ! 

DentalIAssist est sorti de sa phase bêta cet été. Qu’avez-vous appris des premiers utilisateurs ?

Le lancement officiel a eu lieu le 20 août, à la fin de la phase de bêta-test. Depuis, les utilisateurs nous font des retours tous les jours et nous essayons d’être très agiles. Au départ, il y a beaucoup de curiosité, mais aussi une peur du changement et parfois une peur de l’intelligence artificielle. Je m’attendais à ces freins, mais ils nécessitent beaucoup de réassurance. Il faut notamment expliquer que l’objectif n’est pas de remplacer quelqu’un. Nous avons plutôt pensé une forme d’IA de secrétariat qui soutient l’équipe sans la remplacer. 

Comment arbitrez-vous entre ce que les praticiens demandent et ce qu’il est réellement pertinent de développer ?

Nous avons une vision très claire : “faire quelque chose de simple, fluide et ergonomique pour toute l’équipe”. Tout ce qui ne rentre pas dans cette vision est repoussé dans la roadmap. Notre objectif est d’aider les équipes à améliorer leur quotidien et, en particulier, à alléger la partie administrative. Nous avons par exemple mesuré un gain de 10 à 15 minutes après certaines consultations sur la rédaction des comptes rendus, des lettres d’adressage ou des documents destinés au praticien et au patient. Les tâches peuvent ensuite être transmises automatiquement à la personne qui doit les réaliser, sans avoir à les réécrire ni à faire de double saisie.

Selon nos observations auprès des utilisateurs, les assistantes peuvent également gagner entre une heure et une heure trente par jour sur différentes tâches, notamment autour de la prise de rendez-vous. Tous nos flux ont été travaillés avec cette idée : gagner du temps et simplifier. L’interface doit rester très simple, même s’il y a derrière une technologie beaucoup plus complexe.

Concrètement, comment cela s’intègre-t-il pendant une journée de soins ?

Il fallait partir d’une réalité très simple : au fauteuil, nous avons des gants et nous sommes en train de travailler. On ne peut pas demander au praticien de passer son temps à manipuler un ordinateur. Nous avons donc développé une utilisation largement pilotable à la voix. Je peux dicter ce que j’observe, la consultation peut être enregistrée et les documents nécessaires sont ensuite générés. Mon assistante, de son côté, avait auparavant sa petite ardoise pour prendre des notes. Aujourd’hui, elle peut simplement dire « nouvelle note » et l’information arrive dans le tableau de bord. L’idée est vraiment de supprimer les étapes intermédiaires inutiles.

Avec votre double regard de praticienne et d’entrepreneure, où se situe aujourd’hui le principal frein à l’IA au cabinet ?

Les trois dimensions jouent : la technologie, l’organisation et l’adoption par les équipes.

L’IA fait peur à certains praticiens parce qu’ils craignent de perdre une partie de leur connaissance ou de ce qui fait d’eux des dentistes. Mais le plus gros frein reste probablement le changement. Pendant longtemps, intégrer un nouvel outil signifiait passer beaucoup de temps à l’installer, à comprendre son fonctionnement et à reprendre de nouvelles habitudes. Nous en avons tous gardé des traces. Il y a des outils dans les cabinets que nous avons achetés et que nous n’avons finalement jamais vraiment utilisés. Notre promesse est qu’une équipe puisse prendre en main DentalIAssist en moins d’une heure. Nous avons aussi beaucoup travaillé sur l’accompagnement et j’ai donné des conférences sur la manière d’intégrer une nouvelle organisation au sein d’une équipe.

Vous ne vous attendiez pas à cette résistance au changement ? 

Ce qui m’a surprise, c’est parfois la rigidité de personnes présentes depuis longtemps dans le secteur et cette volonté de ne surtout pas perdre le contrôle, même lorsqu’un changement pourrait améliorer les choses.

Mais il faut aussi comprendre ce qu’il y a derrière : énormément de souffrance et de situations compliquées sur le terrain. Certaines personnes ont déjà une telle charge mentale qu’elles ont peur que le moindre changement fasse vaciller une organisation qui tient difficilement. Quand quelqu’un vous dit : « Je n’ai même pas cinq minutes pour ça », ce n’est pas forcément un refus de la technologie. Cela peut aussi traduire une situation de saturation. C’est précisément pour cela que j’ai voulu créer cette solution. Mais cela va demander beaucoup de pédagogie pour montrer qu’un nouvel outil peut retirer de la charge plutôt qu’en ajouter.

L’utilisation de l’IA soulève aussi la question des données de santé. Est-ce désormais un critère décisif dans le choix des outils ?

Oui, complètement. Nous avons développé une plateforme reposant sur un hébergement de données de santé. Il faut aussi sensibiliser les praticiens à l’utilisation des outils d’IA généralistes dans un contexte professionnel. On ne peut pas simplement copier des informations concernant un patient dans n’importe quel chatbot sans s'interroger sur le traitement des données, le cadre RGPD et, lorsqu’il s’agit de données de santé, les exigences spécifiques qui s’appliquent. C’est un sujet sur lequel les équipes doivent vraiment monter en compétence.

Vous avez désormais un produit commercialisé. Quelle est la prochaine étape pour DentalIAssist ?

Nous avons un produit dont nous sommes très satisfaits. Maintenant commence une autre étape : le vendre, le faire connaître, le faire grandir et développer la communauté autour. Et, paradoxalement, cette étape est peut-être plus difficile que celle de la conception ! 

Quand on est praticienne, on peut avoir une idée très précise du problème que l’on veut résoudre. Construire l’entreprise autour du produit, apprendre à le commercialiser et s’entourer des bonnes personnes demande d’autres compétences. C’est ce que nous sommes en train de faire aujourd’hui.

En savoir plus https://dentaliassist.fr/ 

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Par Audrey Sberro, Directrice de la rédaction DentaireS.

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