Participation des dentistes retraités à la permanence des soins : une évolution récente du cadre juridique
La permanence des soins dentaires constitue un élément essentiel de l’organisation du système de santé en France. Elle vise à garantir l’accès aux soins bucco-dentaires urgents en dehors des horaires habituels d’ouverture des cabinets, notamment les dimanches et jours fériés. Face aux difficultés d’accès aux soins et à la pression croissante sur les professionnels en activité, la question de la participation des chirurgiens-dentistes retraités à ces dispositifs s’est progressivement imposée dans le débat professionnel. Les évolutions réglementaires récentes témoignent d’une volonté d’élargir les ressources disponibles pour assurer cette mission de service public.
L’organisation de la permanence des soins dentaires
La permanence des soins dentaires (PDSD) repose sur une organisation territoriale encadrée par le code de la santé publique. Dans chaque département, une permanence est organisée afin de prendre en charge les urgences bucco-dentaires en dehors des heures habituelles d’exercice. Les chirurgiens-dentistes participent à cette mission dans le cadre de leur obligation déontologique, qui les engage à contribuer à la continuité des soins.
L’organisation concrète de la permanence est définie au niveau régional par les agences régionales de santé (ARS), en lien avec les conseils de l’Ordre des chirurgiens-dentistes. Un cahier des charges régional fixe notamment les territoires concernés, les horaires de permanence et les modalités d’accès aux praticiens de garde.
L’accès aux soins peut être précédé d’une régulation téléphonique, généralement via le Samu-Centre 15 ou un numéro dédié. Dans ce cadre, le chirurgien-dentiste régulateur évalue la demande du patient et décide de la réponse la plus adaptée : conseil, prescription ou orientation vers un praticien de garde.
L’ouverture récente aux dentistes retraités
Pendant longtemps, la participation à ces dispositifs était réservée aux praticiens en activité ou ayant conservé une pratique clinique attestée. Cette restriction a suscité des critiques au sein de la profession. Plusieurs organisations estimaient que l’exclusion des chirurgiens-dentistes retraités privait le système de soins d’une ressource expérimentée, alors même que certains praticiens souhaitaient continuer à s’impliquer ponctuellement dans l’organisation des urgences dentaires.
Une évolution importante est intervenue en janvier 2026 avec la publication d’un nouveau décret au Journal officiel. Celui-ci permet désormais aux chirurgiens-dentistes retraités, à condition qu’ils soient toujours inscrits au tableau de l’Ordre, de participer à la régulation des services d’accès aux soins (SAS).
Le texte prévoit que leur intervention s’effectue sous le statut de « collaborateur occasionnel du service public ». Cette qualification juridique vise à sécuriser leur participation, notamment en matière de responsabilité et de couverture assurantielle.
Concrètement, les modalités d’engagement des praticiens retraités doivent être définies par des conventions avec les agences régionales de santé. Ces conventions précisent notamment les plages de régulation, les conditions de participation et, le cas échéant, la rémunération associée.
Un levier pour renforcer l’accès aux soins
L’ouverture de la régulation aux chirurgiens-dentistes retraités s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes sur l’accès aux soins bucco-dentaires. Le développement des services d’accès aux soins (SAS) vise à améliorer l’orientation des patients et à fluidifier la prise en charge des soins non programmés.
Dans ce cadre, la mobilisation de praticiens retraités expérimentés peut contribuer à renforcer les capacités de régulation et à soulager les professionnels en activité. Elle permet également de valoriser l’expertise de ces praticiens, tout en leur offrant la possibilité de rester impliqués dans la profession sans reprendre une activité clinique complète.
La participation des chirurgiens-dentistes retraités à la permanence des soins illustre l’adaptation progressive du système de santé aux enjeux d’accès aux soins. Après une période d’exclusion réglementaire, les réformes récentes ont ouvert la voie à une implication encadrée de ces praticiens dans la régulation des urgences dentaires. Cette évolution témoigne d’une approche plus souple et pragmatique de l’organisation des soins, visant à mobiliser l’ensemble des compétences disponibles pour garantir la continuité des soins bucco-dentaires sur le territoire.
Credit photo: Freepik
09/03/2026